BioDiversity of the Mediterranean eXperiment

Nos partenaires

CNRS MISTRALS



Accueil > Projets > MOB-ile

Présentation du PEPS MOB-ile

publié le , mis à jour le

MOBilités et résilience socio-écologique des îles MEDiterranéennes Le cas de l’île de Pantelleria, Sicile (Italie) (MOB-île)

Coordinateur :

Yildiz AUMEERUDDY-THOMAS (CEFE, CNRS, Montpellier, France)

Membres du projet :

Laurent BOUBY (Institut des Sciences de l’Evolution, UMR ISEM, Montpellier, France)
Vincent BONHOMME (Institut des Sciences de l’Evolution, UMR ISEM, Montpellier, France)
Dominique CAUBET (INALCO, Paris, France)
Christophe PEREIRA (INALCO, Paris, France)
Virginie DEGUILLAME (CNRS, CEFE, Paris, France)
Giuseppe BARBERA (Dipartimento di Scienze Agrarie, Alimentari e Forestali, Palerme Italie)
Antonio MOTISI (Dipartimento di Scienze Agrarie, Alimentari e Forestali, Palerme Italie)
Tommaso LAMANTIA (Dipartimento di Scienze Agrarie, Alimentari e Forestali, Palerme Italie)
Federica ROSSI (IBIMET – CNR, Bologna, Italie)
Teo GEORGIADIS (IBIMET – CNR, Bologna, Italie)
Dario GAMBALVO (Dipartimento di Scienze Agrarie, Alimentari e Forestali, Palerme Italie)

Contexte et objectif :

La Méditerranée compte 15 à 20 000 îles, dont 244 sont habitées. Le niveau d’endémisme élevé de ces îles résulte des effets de dérives et de fondations génétiques au cours du temps et d’apports exogènes d’origine migratoire, assurant la dynamique évolutive de la biodiversité. De même, l’agrobiodiversité insulaire évolue au sein d’isolats façonnés par le creuset des dynamiques socio-écologiques endogènes et d’apports exogènes liés aux échanges humains anciens et actuels, entrainant des mobilités d’agrobiodiversités, de pratiques agraires et alimentaires. L’impact des apports extérieurs sur la résilience des sociétés insulaires méditerranéennes a été peu exploré. Chaque île a développé une identité singulière en Méditerranée, montrant parfois l’existence de spécialisations favorisant des pratiques complémentaires entre îles ou entre îles et continents, illustrées par exemple par la variabilité des vignobles et des vins des îles méditerranéennes. Les pratiques de sélection humaines ont été identifiées à l’échelle méditerranéenne via les patrons génétiques et les variations morphométriques des graines, noyaux ou pépins de certaines espèces telles que l’orge, et leurs recombinaisons à travers des pratiques locales. Ces patrons montrent que les mobilités des ressources phytogénétiques recombinées sous l’effet de pratiques endogènes, ont contribué à la survie – voire à la prospérité – des sociétés méditerranéennes. Les îles, devenues aujourd’hui vulnérables en contexte de mutation climatique, sont des laboratoires en grandeur nature pour étudier l’impact des mobilités sur leur résilience socio-écologique.
Objectif. Ce projet a pour objectif l’étude des mobilités des agrobiodiversités et techniques exogènes agraires et alimentaires anciennes et actuelles, leur recomposition en contexte insulaire, et leurs contributions à la résilience socio-écologique des îles méditerranéennes en situation de mutation climatique. Il répond à l’appel du PEPS ECOMOB en intégrant différents facteurs climatiques, environnementaux, écologiques, historiques et sociaux rencontrés aux diverses échelles spatiales et temporelles.

Site d’étude et interdisciplinarité :

L’île de Pantelleria, un Site d’Etude en Ecologie Globale (SEEG Pantelleria, INEE), compte 7000 habitants avec une superficie de 83 km2. Elle est connue pour son climat semi-aride, un régime de vents contraignants et des sols volcaniques pierreux. Cette île est proposée comme modèle d’étude pour identifier le rôle des mobilités dans la résilience socio-écologique des îles méditerranéennes. Différentes techniques agraires associées à un ancien réseau de citernes, montrent l’importance des savoir-faire pantesquiens pour résister aux risques climatiques, ce qui justifie le choix de ce site. Son histoire et sa position géographique (au sud de la Sicile Lat, 36°49′42″ N, Long 11°56′45″ E, à 70 kms de la Tunisie) ont favorisé les influences respectives des Carthaginois (4è siècle av J.-C), des Arabes (dès le 7ème siècle) , des Arabo-andalous (Moyen-Age), des Espagnols (16ème siècle) et des Libyens et Tunisiens lors des colonisations contemporaines italienne (Libye) et française (Tunisie).

Ce projet s’appuie sur une approche d’écologie globale avec des tâches disciplinaires conçues pour une intégration interdisciplinaire rendant possible le cumul de nombreuses données avec l’aide de diverses équipes travaillant simultanément. Les rôles et les 6 tâches (T1-6, voir Schéma récapitulatif) respectifs des différents chercheurs, portent sur un échantillon d’agrobiodiversité, l’orge, les agrumes et la vigne (en particulier le cépage Muscat d’Alexandrie le plus répandu sur l’île) et les pratiques alimentaires et agraires associées.
Les techniques agraires choisies sont les interlignes d’orge et de vigne (protection de la vigne contre les vents), les giardini pantesci (aussi nommés jardins arabes), comportant un oranger ou un citronnier, entourés de murs élevés, ayant des effets avérés sur le microclimat (6), et les concas, impluvium ou bassins où sont plantés les pieds de vigne en vue d’améliorer la ressource en eau. Des approches croisées morphométrique (T1), de linguistique (T2), de géographie et d’histoire des techniques (T3), confronteront divers proxy ou indicateurs pour reconstituer les échanges ayant présidés à l’apport de ces éléments sur l’île. Les proxy comprennent la morphométrie des grains d’orge, les caractères ampélographiques, des archives iconographiques « géolocalisées », des techniques agraires (T3), des termes de dialectes arabes ou espagnols des différentes périodes ayant influencé l’île, repérés dans le discours, les patronymes et toponymes, les techniques agraires, alimentaires ou la nomenclature de l’agrobiodiversité [recueillis par les enquêtes anthropologiques et ethnoécologiques (T4)], et leurs équivalents dans des textes sur ces pratiques en Tunisie, Libye, Malte ou Espagne (T2). Les enquêtes anthropologiques et ethnoécologiques (T4) concernant l’agrobiodiversité, les techniques agraires et alimentaires, utiliseront une approche diachronique interrogeant la mémoire orale et les pratiques actuelles pour identifier la résilience des pratiques. Les approches microclimatiques (T5) utiliseront des capteurs localisés de type « datalogger » dont les données, récupérables à distance par WIFI, seront comparées aux données climatiques enregistrées dans 5 sites de l’île par les services agricoles météorologiques régionaux. Les relevés d’agrobiodiversité (T6) des orges, des cépages et des agrumes comprendront des caractères phénotypiques des fruits ou des feuilles, associés à des données géographiques. Des échantillons d’orge seront transmis pour des analyses morphométriques aux archéobotanistes. Pour la vigne, le projet s’appuiera sur une collection existante in situ des différents cépages de l’île. Les interactions entre toutes les disciplines seront favorisées par des échanges lors de missions conjointes et de workshops organisés par une tâche intégrative (Tint.) qui assurera le bon déroulement des interactions entre disciplines, et la construction d’une base de données commune. Nous intégrerons les données linguistiques, morphométriques et de géographie des techniques afin d’identifier les trajectoires des mobilités d’agrobiodiversité et de techniques à travers la Méditerranée ; le rôle de ces mobilités dans la résilience socio-écologique de l’île sera analysé à travers la persistance de régimes alimentaires variés, les recompositions locales et l’impact des techniques.